Se remettre au travail pour lutter contre la précarité alimentaire, voilà un projet de remobilisation qui fait sens. Sans compter l’effet thérapeutique du travail de la terre, des saisons et de la nature. Ces parcours inclusifs pour des emplois au service de filières alimentaires solidaires sont déjà à l’œuvre depuis plusieurs dizaine d’année, au sein des Jardins de Cocagne, ainsi qu’au travers tout un panel d’Ateliers Chantiers d’Insertion s’appuyant sur des supports d’activités agro-alimentaires (transformation, logistique, distribution, restauration, jardins à vocation éducative, d’auto-production… ). En phase avec le Pacte des Solidarités, présenté à l’automne 23, ces ACI font la démonstration que la question du travail, comme support de remobilisation et d’accomplissement de soi, doit être au cœur des politiques de solidarité.
Parallèlement à ça, l’État s’est engagé dans un travail de concertation, puis de réforme transitionnelle de l’aide alimentaire, concrétisé en 2023 par la création du Fonds pour une Aide Alimentaire Durable (FAAD). Sous l’impulsion de ce fonds, plusieurs coopérations ont démarré dès 2023. Le Réseau Cocagne, très engagé sur cette thématique et dans les travaux inter-ministériels du COCOLUPA, a bien entendu mobilisé les Jardins pour répondre aux enjeux identifiés par cette politique publique.
Il y a une 10aine d’années, le Réseau Cocagne lançait le programme Paniers Solidaires ; aujourd’hui, la mission alimentaire à portée sociale est intégrée à la charte nationale Cocagne. Au delà des Paniers Solidaires, désormais, toute une série d’initiatives (Places à VivreS, Territoires à VivreS, caisses de l’alimentation…) est expérimentée dans les Jardins de Cocagne afin de mettre en œuvre le bien-vivre alimentaire dans une logique émancipatrice. Ces actions de terrain sont relayées dans le cadre d’un travail de co-construction des politiques publiques qui s’est traduit récemment par des moyens supplémentaires. Il est de notre responsabilité de ne pas rater ce RDV. Pour y répondre, nous avons voté le programme « Grand Champ » (solidaire et nourricier) dont un des objectif est d’écologiser l’aide alimentaire. Le soutien de la DGCS, accompagné d’un travail d’intelligibilité de nos actions (dimension systémique, multiplicité des effets utiles…), nous permet de donner des perspectives à nos projets d’intérêt sociétal.
Premiers résultats : le projet de changement d’échelle des Paniers Solidaires est en bonne voie. Dans le cadre du fonds Mieux Manger Pour Tous, le nombre de Paniers Solidaires a augmenté de 27 % en 2023 (versus 2022) avec + de 580 tonnes de produits bio locaux dont 6 % sous forme de vrac solidaire. Au total, environ 26 000 personnes ont bénéficié du programme Paniers Solidaires, 1 500 animations ont été réalisées, principalement des ateliers cuisine. Et, en parallèle, les Jardins de Cocagne ont continué à donner des denrées (34 tonnes).
Lauréat de Mieux Manger Pour Tous, animateur du collectif CASAC, Collectif des Acteurs de la Solidarité Alimentaire du Chablais (regroupant des producteurs bio et des acteurs de l’aide alimentaire)
Ce projet est la résultante de 2 facteurs déclencheurs, tous 2 ayant eu lieu en 2020 :
Le Jardin anime le collectif, car il connait les contraintes et besoins Et des producteurs Et des structures sociales
Planification des cultures, pics de production… il est important d’animer un dialogue constant entre producteurs et structures de l’aide alimentaire (AA) pour pérenniser l’approvisionnement de l’AA par les producteurs bio. Prochaine étape : mettre en place un accompagnement des mangeurs (ateliers cuisine de rue… ).
Les Anges Gardins font partie des Jardins qui participent à l’expérimentation mise en place avec la Fédération Française des Banques Alimentaires (FFBA). En parallèle, ils ont pris contact avec les Restos du Cœur. Ces 2 partenaires de l’aide alimentaire fonctionnent avec des plateformes logistiques qui centralisent les approvisionnements pour les redispatcher en local. Finalement, c’est un fonctionnement similaire aux circuits longs. Les Jardins ne sont pas habitués. Il faut faire des fiches palettes, les légumes ne doivent pas être récoltés trop mûrs, pour supporter les trajets, voire le stockage (pas forcément froid) quelques jours sur la plateforme.
A l’inverse, il faut aussi instaurer un dialogue avec les répartiteurs et les personnes qui gèrent les plateformes, car les Jardins de Cocagne, contrairement à la grande distribution, proposent des aliments de qualité et se préoccupent que cette qualité soit conservée jusqu’aux bénéficiaires. « Avec les Restos du Cœur, je peux m’accorder pour savoir combien d’antennes locales passeront par la plateforme et si je peux livrer des salades en étant sûre qu’elle partiront dans la journée. Avec la FFBA, c’est plus compliqué, n’importe qui peut venir se servir, et ça semble difficile pour le répartiteur de savoir qui va venir chercher quoi et quand. »
Autre point à discuter : le maillage territorial. Les besoins des BA ne seront pas toujours superposables avec la zone de chalandise des Jardins de Cocagne, il faudra peut être construire une cartographie avec les OEPB par ex, pour flécher les approvisionnements sur un relais Jardins de Cocagne ou un relais OEPB en fonction…
NB : Sur ce point, Nadine Boisson, Jardin du Chayran a témoigné sur le fait que les zones rurales n’étaient pour l’instant pas forcément identifiées dans le schéma d’approvisionnement FFBA (elle avait inscrit cette action dans le PAT et avait mobilisé les producteurs bio locaux mais les antennes locales des BA ne savent pas comment activer le dispositif pour se faire approvisionner).
Enfin, Célia expliquait qu’on ne peut pas proposer tous les légumes à la BA pour l’instant car le « terrain n’a pas été travaillé » avec le risque que les légumes peu connus ne soient pas pris par les bénéficiaires.
Les épiceries sociales et Solidaires d’île de France, c’est 50 épiceries (30 vraiment adhérents au collectif ugess idf), 700 benevoles, 12 000 personnes bénéficiaires. Ils ont répondu à l’appel à projets « Mieux Manger pour tous ». Entre le décalage de la réponse de la DGCS confirmant le soutien (arrivée en septembre) et un 1er bilan à fournir en avril 24, pas facile de tenir les ambitions. « On partait de zéro pratiquement sur l’approvisionnement. On ne connaissait pas les producteurs. On se rend compte que c’est important de prendre le temps de se connaître. »
Et sur ce point, notamment, Sophie était ravie d’avoir participé à la journée d’initiation aux Cuisines Nourricières, organisée par le Réseau Cocagne le 15 déc. C’était intéressant car il y avait là un mélange d’acteurs très différents.
En suivant cette journée, je me suis dit : il faut vraiment commencer par former nos bénévoles. C’est la clé, tout dépend de la dynamique qu’ils insufflent. (C’est ce que Célia a appelé « préparer le terrain »). « Proposer des légumes bio, les valoriser, inciter les personnes à se servir, donner des idées sur comment les utiliser. « Cuisiner simple et bon ». C’était vraiment intéressant cette approche des Cuisines Nourricières. D’habitude, on a des nutritionnistes, des diététiciens qui interviennent. Mais là ce qui est mis en avant c’est le plaisir, le goût, la convivialité. Il faudrait vraiment que nos bénévoles soient formés aux Cuisines Nourricières. »
Très inspirée des cuisines nourricières justement et le retour d’expérience de Loos en Gohelle, l’approche de Lortie a été de travailler l’accessibilité alimentaire d’abord sous le prisme de l’inclusion. Tout a débuté avec un concept : les places à vivreS et une discussion avec la Métropole du grand Nancy pour identifier les zones de désert alimentaire. A partir de là le marché solidaire hebdomadaire toujours au même endroit, associé aux ateliers cuisine ont créé un lieu de rencontres hors les murs auquel s’est agrégée une série de dispositifs : un accompagnement d’accès aux droits dans le cadre de territoire zéro non recours, des forums des métiers avec les autres réseaux d’insertion, etc.
Ainsi, les Places à VivreS sont devenues un lieu en amont de l’ACI, repérage des invisibles, remise en mouvement (à travers les ateliers cuisine), recrutement de CDDI … et bien sûr tout ceci avec l’aide des salariés en parcours qui animent le marché solidaire et les ateliers cuisine.
« Le programme Mieux Manger Pour Tous et le partenariat avec le Réseau Cocagne sont en cohérence avec nos enjeux :
Le Réseau Cocagne a un savoir-faire sur l’AB et l’insertion, ce partenariat doit nous permettre d’accompagner les Banques Alimentaires à s’approvisionner en fruits et légumes de qualité locaux. On ne partait pas de zéro, puisque déjà des actions étaient menées dans ce sens au niveau local. L’objectif de ce partenariat est de donner un nouvel élan. Aujourd’hui, les approvisionnements en fruits et légumes correspondent à 26 % des denrées distribuées par les Banques Alimentaires ; l’objectif est d’atteindre 33 %. Ce partenariat est aussi l’occasion de s’acculturer, c’est riche d’apprentissages pour nous (logique d’écosystème, ne pas être uniquement dans une logique de volume). Nous sommes tr-s intéressés par les cuisines nourricières (la FFBA a un programme « bons gestes, bonne assiette » avec des ateliers cuisine). 5 % de la dotation du fonds MMPT sont consacrés à l’accompagnement social, donc des coopérations peuvent se construire. Par ailleurs, le FFBA a la volonté de s’impliquer sur l’insertion et a d’ailleurs publié un guide sur le sujet à l’occasion du Salon de l’Agriculture.
Le programme Paniers Solidaires a constitué une expérimentation historique utile ; Mieux Manger Pour Tous doit désormais donner un nouveau souffle. « Notre secteur, celui de la solidarité alimentaire, bouge beaucoup ces dernières années. La politique publique a permis de soutenir des expérimentations, les Jardins Solidaires par ex, et a montré que ça marchait. Mieux Manger Pour Tous à apporté une contrainte positive pour pousser les coopérations. Les enjeux sont la massification, la consolidation et la capacité à mobiliser d’autres financements.
2 leviers sont importants pour relever ces défis :
Par ailleurs, la dynamique autour des services civiques (à l’instar des contrats aidés) peut répondre aux besoins d’ingénierie.
Enfin, il reste une inconnue : le calendrier de sortie de la SNANC (Stratégie Nationale pour l’Alimentation, la Nutrition et le Climat)…
Désormais, 2 défis sont devant nous :
Par ailleurs, nous attendons de la part du Réseau Cocagne de montrer la contribution de l’insertion aux enjeux de démographie agricole. Que deviennent les personnes en sortie de parcours ? Quels débouchés dans l’emploi agricole ? Et donc quelle contribution à la transformation du monde agricole ?
Partout on observe des initiatives et coopérations au service de la lutte contre la précarité alimentaire. Pour aller plus loin, les réseaux associatifs Les Restos du Coeur, Banques Alimentaires, Emmaüs France , Le Mouvement des Régies, CHANTIER école, Réseau Cocagne ont appelé à un soutien clair de la future #SNANC au déploiement des Ateliers Chantiers d’insertion pour des filières solidaires d’accessibilité alimentaire.
Cette stratégie interministérielle, issue de la convention citoyenne pour le climat, a bientôt un an de retard. Les réseaux associatifs, auxquels ont peut joindre la Croix-Rouge insertion présente sur ces supports agro-alimentaires, souhaitent qu’une synergie de politiques publiques puissent être soutenue en mobilisant les supports et parcours d’insertion au profit d’une écologisation de l’aide alimentaire (production, transformation, distribution, animation). Ainsi, des territoires d’expérimentation pourraient être proposés à des collectifs associatifs en lien avec les collectivités locales. Ce serait une concrétisation de la transition écologique et sociale.
Enfin, les réseaux réunis lors de l’Assemblée Générale du Réseau Cocagne ont appelé également à la mobilisation du service civique écologique, lancé début avril, pour soutenir l’engagement des jeunes pour des missions de solidarité alimentaire à fortes dimensions environnementales, civiques et sociales.
Voilà typiquement des propositions concrètes, qui s’appuient sur des réseaux organisés et opérationnels, à effet levier pour une dimension systémique de l’action publique.
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